l’Éruption du Vésuve arrivée le 24 août de l’an 79 de J.-C. sous le règne de Titus

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Date : 1813 Technique : Peinture à l’huile sur toile Dimensions (cm) : Largeur : 195.5 Hauteur : 147.5 Situation : musée des Augustins, salon rouge

 

A l’occasion de la deuxième édition de la Museum Week (la semaine des musées sur Twitter), j’ai décidé de vous faire découvrir un tableau du musée des Augustins qui a été prêté au musée Saint-Raymond pour l’exposition « l’Empire de la couleur ». Il s’agit de l’Éruption du Vésuve arrivée le 24 août de l’an 79 de J.-C. sous le règne de Titus  de Pierre-Henri de VALENCIENNES (1750-1819)1. Le musée Saint-Raymond illustre la présence des fresques de Pompéi par cette peinture racontant à la fois la beauté et la tragédie de l’éruption du Vésuve qui a détruit la ville et préservé ses murs à travers les siècles. Cherchons à comprendre ce qu’a voulu dire l’artiste!

I. Le fond

Que voit-on sur le tableau? Une scène apocalyptiqueOLYMPUS DIGITAL CAMERA

Au premier plan, on voit une partie de terre, aux reflets rougeoyants. Sur cette butte de terre et face à la mer déchaînée, on voit trois personnages minuscules, agenouillés: deux hommes soutiennent un troisième qui semble inconscient. Plus à droite un autre personnage, le visage contre le sol, s’appuie sur ses bras repliés.

Derrière eux: des ruines. Les maisons et les colonnes sont ébranlées. Une fumée masque une partie de la scène. A travers la fumée on voit des gens qui courent. A gauche de la toile, la mer est agitée. On peut voir quatre bateaux bousculés par les vagues, chargés de passagers. Un homme nu est à la mer.

Au troisième plan: le volcan avec, à ses pieds, les maisons illuminées par la lave. Les maisons sont toutes petites, le volcan est très imposant. Une partie de la lave s’écoule le long du volcan, l’autre partie jaillit, s’élevant vers le ciel. Le ciel est un mélange de nuages de cendres et de pluie de fragments de roches, que l’ont peut voir au sol au premier plan.

Iconographie: un paysage historique

 La scène historique représentée est la mort de Pline l’Ancien, un écrivain et naturaliste qui est mort suite à sa volonté d’observer au plus près l’éruption du Vésuve.  La peinture est fidèle au récit donné par son neveu, Pline le Jeune, dans sa lettre à Tacite (à retrouver ici).  Mais le personnage principal de la scène est le volcan. Si P-H de Valenciennes s’inspire de la lettre de Pline le Jeune, il utilise aussi son expérience personnelle: il est allé à Pompéi et a probablement assisté à une de ses éruptions en août 1779.

Hypothèse: L’impuissance des hommes face à la Nature

Le tableau insiste sur la disproportion entre les hommes, minuscules, et le volcan, immense. Pline est mourant, les bâtiments s’écroulent, les bateaux coulent. La civilisation s’écroule sous les coups de la Nature déchaînée. L’analyse plastique du tableau révèle comment Pierre-Henri de Valenciennes souligne cette impuissance par la composition, la lumière, les couleurs et la touche de la toile.

II. La forme

Les lignes de composition: une géométrie de l’asphyxie

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Parmi les grandes lignes de composition, il y a:

– la ligne d’horizon, qui indique la hauteur des yeux du regardeur

– une verticale au centre, qui divise le tableau entre: la Nature indomptable (volcan et mer, à gauche) et la civilisation fragile (Pline mourant et architecture en chute, à droite).

– une oblique qui suit la descente du volcan,  se mélange à la fumée et rejoint les personnages. La fumée blanche chemine comme un serpent, s’enroulant autour de Pline qu’elle finira par étouffer. L’origine de cette issue fatale, le point départ de cette ligne oblique: le volcan.

– une autre ligne, partant de la droite, indiquée par le toit d’un bâtiment, rejoint le point de fuite dans le nuage de fumée blanche.

– un arc formé par les nuages de cendres forme un couvercle qui se rajoute à l’idée d’asphyxie. De plus, comme les bords du tableau sont sombres et que la lumière vient de l’intérieur, cet arc se prolonge en une ellipse qui entoure les personnages, le volcan et la fumée blanche qui les relie.

P-H de Valenciennes enferme les personnages dans un espace clos étouffant où toutes les lignes convergent pour les asphyxier.

Une lumière qui vient des entrailles de la Terre

Le tableau est très sombre: les rayons du soleil ne passent plus à cause des nuages de cendre. Ici, dans ce paysage de fin du monde, la lumière ne vient plus du ciel mais des entrailles de la terre. Le volcan en éruption projette un faisceau lumineux rouge violent qui monte au ciel et se reflète sur tous les éléments du paysage. Mer, terre, immeubles, personnages: tout est teinté par cette lumière rougeoyante qui les détruit.

Couleurs: le rouge et le vert

La dimension tragique du tableau repose sur le jeu de contraste entre deux couleurs complémentaires: le rouge et le vert. Ils sont opposés en valeurs avec le rouge vif et le vert sombre.

Selon un site qui interprète la signification des couleurs, la couleur rouge « peut symboliser la mort. Elle représente également la passion, la tentation, le feu, le sang, l’interdit, l’émotion […] et la détermination. » 2

Pline l’Ancien est un passionné de la Nature (comme Pierre Henri de Valenciennes d’ailleurs), intrigué et curieux de voir de plus près ce phénomène. Sous le coup de l’émotion ou asphyxié, Pline y trouva la mort.

Le vert est associé à la Nature mais aussi à l’instabilité, au changement, au mouvement. C’est une couleur ambigüe. Du côté positif, il représente la nature, il est apaisant. De l’autre, il exprime la maladie, la mort.3

La fumée est légèrement teintée de vert, elle arrive sournoisement vers Pline. C’est cette même fumée, toxique, qui a surpris les habitants endormis de Pompéi. La Nature, habituellement calme et source de vie, se réveille et elle est destructrice.

La touche

Deux styles de touche cohabitent et s’opposent dans le tableau: une touche classique, léchée, pour représenter les architectures antiques qui s’écroulent et celle, plus libre, utilisée pour peindre le feu, et les nuages de cendres.

III. Pierre-Henri de Valenciennes: entre académisme et innovation

P-H de Valenciennes aime observer les nuages. Il aime représenter l’instabilité des phénomènes naturels, les variations «  dues à la lumière plus ou moOLYMPUS DIGITAL CAMERAins pure, aux différents reflets des nuages causés par leur couleur, leur légèreté, leur épaisseur. » 4

Contrairement aux peintres de son temps, il peint en extérieur, fait des croquis, des études qu’il utilise ensuite dans une composition réalisée en atelier. Il travaille beaucoup sur la lumière, il incite même ses élèves à aller peindre un endroit à différents moments de la journée pour représenter les différentes ambiances créées par la lumière.

Alors que son époque valorise la peinture d’histoire, P-H de Valenciennes innove en donnant une place nouvelle au paysage, genre considéré mineur. Il crée le grand prix du paysage historique « qui exigeait l’exécution d’un paysage composé que venait obligatoirement « habiter » une scène historique. » 5

Grâce à la contrainte du thème historique, le paysage peut enfin s’élever au grand format. Tout en respectant la règle du sujet historique, Pierre-Henri de Valenciennes se libère des conventions de la peinture de paysage, qui n’est plus un simple décor mais un sujet en soi. La place du paysage est surdimensionnée par rapport aux personnages. Ses « paysages historiques », répondent aux exigences académiques  mais s’en détournent déjà.

Grâce à son sens de l’adaptation, Pierre-Henri de Valenciennes  innove sans choquer son temps. Bien intégré à son époque, il est admis à l’Académie de peinture en 1787 et médaillé d’or au Salon en 1805 où il expose régulièrement. Oublié peu après sa mort, il est un précurseur du paysage et de ses lumières, annonçant le travail de Monet ou de Turner.  Pour le spectateur d’aujourd’hui, la toile de Pierre-Henri de Valenciennes nous offre comme un « pris sur le vif » de l’éruption du Vésuve, combinant le souci du réalisme historique avec le sens du spectaculaire.

 

Son tableau est un hommage à la Nature incontrôlable. Il rend aussi hommage à Pline l’Ancien,  grand naturaliste qui perdit sa vie à cause de sa passion pour l’observation des phénomènes naturels. Pierre-Henri de Valenciennes se reconnaît très probablement dans ce personnage passionné. Cette peinture qui représente Pline représente aussi l’artiste et leur expérience commune du sublime de la Nature.

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  1. Descriptif complet sur Joconde, portail des musées de France
  2. toutes-les-couleurs.com
  3. almanart.org/la-couleur-verte
  4. KAYSER Christine, 1995. Peindre le ciel: de Turner à Monet : 8 avril-9 juillet 1995, Musée-Promenade, Marly-le-Roi/Louveciennes .Editions L’Inventaire, p. 78
  5. JOURDAIN Fréderic, 2002. Dossier pédagogique du musée des Augustins, Mairie de Toulouse, p. 2
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