Le rapt de Proserpine

Voici un dossier sur un bas relief du musée st raymond sur le:

Le rapt de Proserpine

Chiragan ; Haut Empire

Bas-relief : marbre blanc

Format :43cm x46cmx 4,5cm
conservation : Musée Saint-Raymond ; Toulouse ; Inv. 30358

La description et l’iconographie de ce bas-relief romain sur le thème mythologique du rapt de Proserpine seront les bases d’une interprétation de l’œuvre.

Ce bas-relief rectangulaire contient neuf personnages, un serpent et quatre chevaux. Les personnages sont quatre femmes, deux hommes et trois enfants ailés. L’œuvre se divise en trois étages.

Sur l’étage inférieur, au centre, nous voyons un serpent qui fait une boucle sur lui-même. Il est aussi grand que les pattes des chevaux.

A sa droite, nous voyons les drapés de la robe d’une jeune femme qui retient par la bride des chevaux. Elle est en mouvement, son corps penché fait contrepoids aux chevaux. Son pied droit dépasse de sa robe. Plus à droite, nous voyons la jambe nue d’un homme.

A gauche du serpent, huit pattes de chevaux juxtaposés répondent aux drapés de la robe de la femme. Juste à côté des pattes, sous une queue de cheval, il y a une roue avec un motif de tête pour ‘enjoliveur’. Cette roue est attachée aux chevaux.

Tout à gauche, une femme est à genoux, la paume de la main gauche vers l’avant, le regard vers le haut en direction d’une autre femme qui lui tend les bras. La femme au sol a le sein droit dénudé et une couronne tressée. A ses pieds, on aperçoit un petit vase rempli. Devant elle, on voit le pied nu et la jambe d’un homme.

Le plan intermédiaire regroupe les visages de six personnages et des chevaux, qui forment ainsi un seul bloc .

Au centre un enfant ailé maintenu par un homme à la barbe tient les rênes du cheval. Les têtes et pattes antérieures des chevaux sont sur la droite, en mouvement. Ils se cabrent et le premier cheval regarde méchamment la femme qui essaye de les retenir.

Juste au-dessus de l’enfant se trouve une femme casquée qui tient une lance de sa main droite levée et un bouclier de sa main gauche. Elle regarde un homme qui se trouve juste à côté de la tête des chevaux et qui lui fait face.

On voit de ce jeune homme la jambe et le pied nus et on aperçoit une aile au-dessus de sa tête ainsi qu’un fragment d’aile (ou de drapé) derrière lui.

Sur la gauche, l’homme barbu est beaucoup plus grand que les autres personnages. Il fait environ trois têtes de plus que la femme qui tient les rênes des chevaux et sa jambe descend jusqu’à la femme assise à gauche. Sa jambe est plus grande que les pattes des chevaux. Sa barbe et sa chevelure sont longues et bouclées. Sa toge lui tombe sur les hanches. On voit son nombril. Il regarde en arrière vers le bas.

Derrière lui, il y a une femme décoiffée, les bras tendus au-dessus de sa tête. Elle est sur un plan horizontal, la tête légèrement vers le bas. Derrière elle, autour de ses bras, le marbre est sculpté en lignes courbes, formant des ondes .

Le niveau supérieur du bas-relief représente deux enfants ailés. Celui qui se situe sur le côté gauche tient une couronne faite de feuillages. Celui de droite porte à deux mains quelque chose qui pèse sur sa tête.

L’œuvre implique beaucoup de personnages dans une scène d’action violente.

Cette action violente est le rapt de Proserpine , un thème très connu du monde antique qui raconte comment Proserpine, fille de Demeter déesse de la fertilité , est enlevée par Pluton, dieu des Enfers avec l’accord de Jupiter. Face au désespoir de la mère, Jupiter trouve un compromis : Proserpine passera six mois sous terre et reviendra chaque printemps pour passer six mois sur terre.

Les sources les plus anciennes de ce thème mythologique sont grecques avec les Hymnes homériques. Dans la littérature romaine, ce thème est traité par Ovide et par Claudien. Le Rapt de Proserpine est un poème composé par Claudien vers 395 après J.-C. Dans cette version, on retrouve Minerve, ainsi que Cupidon envoyé par Vénus pour rendre Pluton amoureux et Diane la chasseresse.

On retrouve le thème dans une composition assez proche de celle du bas relief sur une pièce de monnaie de l’époque d’Hadrien, vers 128-130 après JC.

Le thème du rapt de Proserpine est aussi présent sur des vases comme celui-ci, un « cratère » qui sert à mélanger le vin et l’eau. On le retrouve aussi sur un autel funéraire romain :

Cercle du Peintre de Darius Autel funéraire IIe siècle ap. JC

H. 86.5 cm

Altes Museum

Le fait de retrouver ce mythe sur un autel funéraire est intéressant car c’est donc un thème religieux, lié à la vie après la mort. Le rapt de Proserpine, fille de Demeter, serait en effet lié aux mystères d’Eleusis qui étaient consacrés à Déméter et x Perséphone.

On ne connaît pas le commanditaire de l’œuvre. On sait qu’elle a été retrouvée à Martres-Tolosane sur l’emplacement de la villa Chiragan dont les propriétaires n’ont pas été identifiés .La richesse des découvertes dans cette villa a fait penser à Léon Joulin, archéologue qui a travaillé sur la villa Chiragan, qu’ils pouvaient être  des « procurateurs chargés d’administrer les domaines impériaux » .

On voit par la multiplicité des représentations, sur des objets aussi divers que des vases, des pièces de monnaie et des autels funéraires, que les personnages de cette scène étaient bien connus du public romain.

Pour nous, la lecture de la scène est beaucoup plus difficile.

On identifie sans peine Athena-Minerve grâce à ses attributs (le casque, la lance, le bouclier).

Avec la connaissance de l’histoire, on reconnaît Pluton avec ses quatre chevaux infernaux et Proserpine qui se fait enlever sur le char du dieu des Enfers.

On identifie Hermès, le dieu ailé, qui est aussi un dieu qui mène les morts vers les enfers.

La femme qui tient les rênes pourrait être Diane avec son carquois. Comme Athéna, Diane est une déesse Vierge qui défend la chasteté des jeunes filles.

Pour la femme qui est accroupie l’identification est plus difficile. Elle est peut-être une des Océanides qui cueillait des fleurs avec Proserpine lors de son enlèvement.

De même, la signification du serpent reste mystérieuse pour nous. Pour nous aujourd’hui, le serpent fait penser au tentateur d’Adam et Ève. Dans la symbolique romaine, il serait un des attributs du dieu Hadès-Pluton.

Et les enfants ailés, sont-ils des amours ? Ils ne portent pas les traditionnels arc et flèche. L’un porte la couronne de laurier, symbole de gloire, l’autre un objet inconnu (un grain de blé?) et le troisième conduit les chevaux. Est-ce que cela signifie que l’amour est au centre de cette action ?

Cela se pourrait car dans le poème de Claudien, Vénus est à l’origine du rapt, demandant à son fils Cupidon de décocher sa flèche sur Pluton. L’amour serait au cœur d’un cycle de vie – mort – renaissance. Le retour de Proserpine auprès de sa mère correspond à la renaissance de la végétation au retour du Printemps et à la prospérité de la vie durant l’été.

Le rapt de Proserpine oppose les personnages féminins et masculins dans une scène violente de chasse à l’amour – comme dans le face-à-face entre la vierge Athéna-Minerve et Hermès. Ils se jettent des regards foudroyants alors que Pluton a été foudroyé par l’amour.

Cette scène me fait penser à la bande dessinée Lo de Lucie Durbiano car on retrouve les personnages de la nymphe et de la protectrice des nymphes, Diane. On retrouve cette espèce de chasse à l’amour -ici c’est Pluton alors que dans Lo c’est la jeune fille.

Ce qui ressort pour le spectateur d’aujourd’hui, c’est le jeu des oppositions et le dynamisme qui en ressort. On le voit dans l’opposition homme-femme mais aussi la composition qui est très symétrique et dans le travail du marbre qui exprime la rondeur avec de la pierre.

sources :

http://saintraymond.toulouse.fr/Le-rapt-de-Proserpine_a51.html

http://www.fredericweber.com/articl_dieux/article_proserpine.htm

Léon Joulin, Les établissements gallo-romains de la plaine de Martres-Tolosanes, p. 598 cité par Wikipédia

l’Enlèvement de Proserpine de Claudien :http://www.mediterranees.net/mythes/ceres/claudien.html

image de Lo : http://www.bodoi.info/news/2010-07-28/images-de-la-rentree-bd-lo-par-durbiano/36190

Martial

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